Le pétrolier britannique 'VS Promise', battant pavillon du Royaume-Uni et immatriculé à l'Île de Man, est arrivé au port d'Ushuaia le lundi 24 août 2026 à 7h08 du matin. L'opération a immédiatement déclenché un échange de déclarations entre le gouvernement national et l'administration provinciale de la Terre de Feu.
Chronologie des faits
Le navire, de 228,6 mètres de long et 32,57 mètres de large, d'une capacité d'environ 73 800 tonnes de pétrole, avait quitté le terminal pétrolier de Río Cullen, au nord de la province, où il avait chargé du brut. Après une escale à Ushuaia, il est reparti vers Río Cullen. Les autorités provinciales ont confirmé que cette escale était uniquement logistique, pour se ravitailler en carburant et en provisions.
La question de souveraineté en jeu
La situation ne relève pas d'un simple port : les îles Malouines (Falkland) font partie intégrante de la province de Terre de Feu, selon la Constitution nationale argentine. Depuis 1982, le Royaume-Uni maintient son occupation illégitime de l'archipel, et un secteur de la politique provinciale estime qu'il ne faut pas permettre l'opération de navires britanniques dans les eaux provinciales.
La loi provinciale 852, dite 'Loi Gaucho Rivero', interdit la présence et l'opération de navires britanniques dans les ports de la Terre de Feu, en cohérence avec la revendication des droits souverains sur l'Atlantique Sud.
La position du gouvernement provincial
Le gouverneur Gustavo Melella s'est montré catégorique : il a qualifié l'opération d'“inadmissible”, soulignant que tant que le Royaume-Uni maintient son occupation illégitime du territoire fuégien, aucun navire battant pavillon britannique ne devrait pouvoir opérer dans le port de la capitale provinciale.
Dans un communiqué, l'exécutif provincial a exigé du président Javier Milei qu'il explique les critères de cette autorisation et a demandé la fin de l'intervention du port d'Ushuaia, qui depuis janvier 2026 est sous contrôle de l'Agence nationale des ports et de la navigation (ANPyN).
“Il est inadmissible que, alors que le Royaume-Uni maintient une occupation illégitime d'une partie intégrante du territoire de la Terre de Feu, un navire battant pavillon britannique opère dans le port de la capitale de la province”, souligne le gouvernement provincial.
La défense du gouvernement national
Le porte-parole présidentiel, Adrián Ravier, a défendu la manœuvre : selon lui, la Loi Gaucho Rivero n'est pas applicable car elle n'interdit pas l'entrée de tout navire britannique, mais seulement ceux ayant opéré dans la Cuenca del Atlántico Sur. Or, le VS Promise venait de travailler dans la Cuenca Austral, en territoire argentin.
Ravier a ajouté que la monoboya de Río Cullen est sous juridiction provincial, donc le gouvernement provincial aurait lui-même validé l'entrée du navire. “Le navire n'a violé aucune loi”, a-t-il tranché.
Les critiques de la vice-gouverneur et du secrétaire aux Malouines
La vice-gouverneur Mónica Urquiza a partagé l'avis de Melella et exigé la restitution du port à la province. Elle a souligné qu'Ushuaia est un point stratégique pour la souveraineté dans l'Atlantique Sud et en Antarctique, et que l'administration centrale ne peut pas décider de l'avenir d'une infrastructure clé pour la province.
Le secrétaire provincial aux Malouines, Andrés Dachary, est allé plus loin : il a dénoncé un “désordre” dans la gestion du port et souligné que l'Île de Man est un territoire de la Couronne britannique, rejetant l'argument selon lequel le 'VS Promise' n'aurait pas de liens avec le Royaume-Uni.
Le port au cœur d'un bras de fer plus large
Cet épisode survient alors que la Cour suprême examine la légalité de l'intervention du port d'Ushuaia, ordonnée par le gouvernement national en janvier 2026 en invoquant des “irrégularités financières, détournements de fonds et problèmes d'infrastructure”. La province conteste cette mesure et la juge illégitime.
Par ailleurs, des informations non confirmées, citées par le journal américain Foreign Affairs, évoquaient une offre du port aux États-Unis dans le cadre de négociations stratégiques plus vastes, mais rien n'a été confirmé officiellement.
Actions au Congrès
Des députés de Unión por la Patria ont présenté une motion de réprobation de la manœuvre du navire britannique. La députée Andrea Freites a déposé une demande d'explications et a dénoncé que le gouvernement national n'a pas consulté la province pour coordonner la décision.
L'avenir de la mesure
La discussion devrait s'intensifier. La province a déjà exigé la fin de l'intervention et la reprise du contrôle du port. Pendant ce temps, le pétrolier a repris la mer vers Río Cullen, mais le conflit de fond – souveraineté, juridiction et dispute des ressources – reste bien présent à l'agenda national.