31/07/2026 09:57 - Tecnologia
Le 6 août 1945, la bombe atomique larguée sur Hiroshima n'a pas seulement changé le cours de l'histoire humaine, mais a aussi, involontairement, forgé des matériaux jamais vus sur Terre. Selon une étude publiée le 30 juillet 2026 dans la revue Science Advances, une équipe internationale de chercheurs de l'Université de Florence, dirigée par le géologue et cristallographe Luca Bindi, a identifié un alliage métallique multicomposant totalement nouveau.
Cette découverte est un message d'espoir et d'apprentissage : même des événements les plus tragiques de notre passé, la science peut extraire des connaissances qui bénéficient au développement technologique et à la compréhension de la matière à l'avenir.
Pour comprendre la découverte, il faut d'abord définir la hiroshimite. Il s'agit de minuscules sphères vitreuses (de la taille de quelques dizaines de micromètres) qui se sont formées lorsque l'explosion nucléaire a vaporisé bâtiments, métal, sol, verre et eau de la ville japonaise à plus de 7 000 °C. Ces matériaux se sont mélangés dans une boule de feu et, en refroidissant ultra-rapidement, sont tombés sous forme de gouttes solidifiées sur les sables de la baie d'Hiroshima.
L'équipe de Bindi a analysé 34 échantillons de ces hiroshimites en utilisant la microscopie électronique à haute résolution et la diffraction des rayons X. À l'intérieur d'une de ces microsphères, ils ont trouvé une particule de quelques micromètres avec une composition et une structure cristalline inconnues jusqu'à présent.
Un alliage est le mélange de deux ou plusieurs éléments métalliques pour créer un matériau aux propriétés améliorées (comme l'acier, qui mélange fer et carbone). Ce qui rend unique ce nouvel alliage, c'est sa richesse inhabituelle en silicium et son ordre atomique.
Sa composition exacte est :
| Élément | Pourcentage dans l'alliage |
|---|---|
| Fer | 62,7 % |
| Chrome | 14,7 % |
| Nickel | 9,0 % |
| Silicium | 7,0 % |
| Molybdène | 3,7 % |
| Manganèse | 2,1 % |
| Aluminium | 0,6 % |
L'analyse cristallographique a révélé qu'il cristallise dans le groupe spatial P213, avec une structure AlAu4, dérivée de la structure « bêta-Mn ». Cette configuration est beaucoup plus complexe que les formes habituelles de l'acier conventionnel et n'a jamais été rencontrée dans les matériaux nucléaires, les processus naturels ou industriels.
Bien que la composition spécifique trouvée ne soit pas reproduite industriellement en elle-même, sa structure de type AlAu4 servira de modèle pour concevoir de nouveaux matériaux avancés. Les alliages multicomposants se distinguent généralement par une résistance élevée à l'usure, une stabilité thermique et une protection contre la corrosion, idéaux pour les applications aérospatiales, industrielles et énergétiques.
La découverte consolide la minéralogie des résidus nucléaires comme un outil crucial. Chaque hiroshimite agit comme un « micro-réacteur » ou une capsule temporelle qui a figé la physique extrême de l'explosion. Analyser ces fragments permet de reconstruire les conditions thermodynamiques exactes de chaque détonation, aidant la science forensique à mieux comprendre les événements nucléaires du passé.
Cette découverte s'ajoute aux précédents de la trinitite, le verre radioactif formé lors de l'essai Trinity (la première détonation atomique des États-Unis en 1945), démontrant que les environnements extrêmes et de modification rapide peuvent explorer des régions inhabituelles de l'espace chimique.
Alfredo S. Quiroga