Fait inédit depuis l'arrivée de Javier Milei au pouvoir : la CGT, les deux CTA et l'UTEP ont appelé à une marche massive ce jeudi vers le ministère de l'Économie pour protester contre l'endettement record qui frappe des millions de familles argentines. Les syndicats lancent un avertissement clair : le plan de lutte ne s'arrêtera pas tant que le cap économique ne changera pas.

Actualité Argentine

Lors d'une conférence de presse conjointe tenue ce mercredi au siège de la CGT (rue Azopardo 802, à Buenos Aires), les trois principales centrales syndicales et les mouvements sociaux ont confirmé une mobilisation d'ampleur prévue ce jeudi à 14 heures devant le ministère de l'Économie (Hipólito Yrigoyen 250), pour dénoncer la crise d'endettement qui frappe les foyers argentins. Cette action rassemble la CGT (Confédération Générale du Travail), les deux CTA (Centrales des Travailleurs d'Argentine) et l'UTEP (Union des Travailleurs de l'Économie Populaire).

Manifestation syndicale en Argentine

💸 Une dette qui explose : les chiffres alarmants

Selon les données de la Banque Centrale de la République Argentine (BCRA), environ 5,8 millions de personnes ont actuellement des crédits impayés ou des retards de paiement graves de plus de 90 jours. Ce chiffre représente une hausse spectaculaire de 132% par rapport à février 2024. Mais les syndicats vont encore plus loin : ils évoquent 20 millions de personnes endettées dans tout le pays, dont 6 millions en situation critique.

📊 Chiffres clés de la crise de l'endettement
  • 5,8 millions de personnes avec crédits impayés ou retards graves (BCRA)
  • +132% d'augmentation par rapport à février 2024
  • 2,5% de taux de défaillance des ménages en octobre 2024, contre 12,3% en mai 2026
  • 60% des débiteurs « au bord de la catégorie 4 du Veraz » (le fichier de crédit argentin)
  • 340 000 emplois formels détruits (chiffre de la CTA Autónoma)
  • 30 000 entreprises fermées depuis le début de la gestion actuelle

Pour comprendre l'ampleur de cette crise, rappelons que le Veraz est l'équivalent argentin du fichier des incidents de crédit : y figurer signifie être exclu du système bancaire formel, sans possibilité d'obtenir un prêt ou une carte de crédit. Le passage en « catégorie 4 » indique une défaillance prolongée avec des conséquences graves pour les emprunteurs.

🎙️ L'avertissement des syndicats

Cristian Jerónimo, cosecrétaire général de la CGT et secrétaire général du Syndicat du Verre, s'est montré particulièrement ferme : « Ce plan d'action va se poursuivre jusqu'à ce que nous puissions changer le cap de notre pays ». Le dirigeant syndical a vivement critiqué le gouvernement pour sa « rapidité à adopter des lois comme le RIGI (Régime d'Incitation aux Grands Investissements) et le SUPER RIGI, bénéfiques pour les secteurs les plus concentrés », tout en « faisant l'autruche » face à la nécessité de refinancer les dettes des ménages.

« Personne ne dit qu'il ne veut pas payer ses dettes ; on demande simplement comment les refinancer. Le gouvernement prétend que c'est un problème entre privés. »

— Cristian Jerónimo, co-secrétaire général de la CGT

🏛️ Les trois centrales unies : un front commun historique

Le triumvirat de la CGT — composé de Jerónimo, Octavio Argüello (syndicat des camionneurs) et Juan Carlos Schmid (syndicat du dragage et du balisage) — était accompagné des dirigeants des deux CTA : Hugo Godoy (CTA Autónoma) et Roberto Baradel (CTA des Travailleurs), ainsi que de Norma Morales de l'UTEP. Cette unité syndicale est remarquable dans le paysage social argentin et témoigne de la gravité de la situation.

Baradel a été direct : « Milei est responsable et il est coupable. Ce n'est pas vrai qu'on ne met pas un pistolet sur la tempe des familles pour qu'elles s'endettent. Quand une famille doit s'endetter pour subvenir à ses besoins quotidiens, c'est ça, un pistolet sur la tempe ».

De son côté, Schmid a qualifié d'« immorale l'absence de toute sensibilité envers les gens de notre peuple qui se sont endettés », soulignant que « quand plus de la moitié des Argentins a un problème de dettes, cela cesse d'être un problème individuel pour devenir un problème de la nation toute entière ».

⚡ Un contexte politique explosif

Cette mobilisation intervient après la phrase polémique du président Javier Milei : « Personne ne leur a mis un pistolet sur la tempe ». Le ministre de l'Économie, Luis Caputo, a quant à lui déclaré que l'endettement est « une affaire entre privés » qui se résoudra progressivement entre les banques et les débiteurs.

Il faut rappeler que cette marche constitue le quatrième arrêt général contre le gouvernement libertarien de Milei, élu fin 2023. La toute première mesure de force avait été prise dès les 15 premiers jours de son mandat, un fait inédit dans l'histoire démocratique argentine récente.

📢 Le plan de lutte continue

La CGT a d'ores et déjà annoncé que le plan de lutte se poursuivra et n'a pas exclu de nouvelles mesures de force dans les prochaines semaines. L'objectif est clair : obliger le gouvernement à mettre en place un mécanisme de refinancement des dettes des ménages et à changer sa politique économique.

Par ailleurs, le mouvement social Libres del Sur a protesté hier devant le siège de Mercado Libre — la plus grande plateforme de commerce électronique d'Amérique latine — contre des taux d'intérêt atteignant jusqu'à 1300% pour les crédits à la consommation, illustrant l'ampleur de la crise de l'endettement qui touche l'ensemble de la société argentine.

Sources : Conférence de presse de la CGT du 19 août 2026, données de la Banque Centrale d'Argentine (BCRA), déclarations publiques des syndicats.