Le risque pays argentin a fortement grimpé cette semaine, entraînant une chute accélérée des obligations en dollars, découplée des autres marchés émergents. Derrière cette détérioration, des facteurs externes mais aussi une image gouvernementale en berne et une reprise économique poussive. Que prévoient les analystes ?

Le marché sanctionne l'incertitude argentine

La semaine du 17 au 21 août 2026 a mis en évidence que le marché financier argentin ne se contente plus de regarder les fondamentaux macroéconomiques. Le risque pays a grimpé à 532 points de base jeudi 20 août, accumulant 13 séances consécutives de hausse, avant de se replier vendredi 21 août à 506 points (-4,9%), selon les données de la Banque centrale et de consultants privés.

Les obligations souveraines en dollars ont été les plus touchées. Selon la Banque Galicia, depuis le 6 juillet, le GD35 a chuté de 3,9%, tandis que l'indice des obligations des pays notés BB- à BB+ est resté stable (0%), celui des pays B- à B+ a reculé de 0,9% et celui des pays C- à C+ a baissé de 1,7%. Autrement dit, l'obligation argentine a sous-performé des crédits de moindre qualité, un signal d'alarme pour les analystes.

Facteurs externes : les taux US et les hyperscalers

Le front international a joué contre l'Argentine. Le taux du Trésor américain à 10 ans a grimpé de 20 points de base en deux mois, poussé par le déficit budgétaire des États-Unis et l'arrivée d'un nouvel émetteur majeur : les hyperscalers (géants technologiques qui émettent massivement de la dette). Ce contexte mondial a renchéri le financement pour tous les pays émergents, mais a frappé plus durement l'Argentine.

Facteurs locaux : image officielle et économie en 'lettre K'

Le volet idiosyncratique a été déterminant. L'image du gouvernement se dégrade dans les sondages, tandis que l'activité économique croît en forme de 'lettre K' : les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre (construction, industrie) restent à la traîne. L'intervention sur le marché des changes pour soutenir le peso a généré de la volatilité sur les taux et relancé le débat sur les risques électoraux de 2027.

Le regard des analystes

Chez PPI (Portfolio Personal Inversiones), on estime que la performance des obligations pourrait s'améliorer dans les prochaines séances : 'Bien qu'il reste à connaître l'indice de confiance dans le gouvernement de l'UTDT, qui pourrait montrer une certaine détérioration, la série de bonnes données sur l'activité et le commerce extérieur aiderait à modérer la pression vendeuse'. Le débouclage de positions d'investisseurs locaux explique en grande partie la faiblesse récente des Globales.

Le cabinet 1816 s'est montré plus prudent : 'Si, à 14 mois de l'élection, le gouvernement est prêt à laisser les taux à 1 jour bouger autant en si peu de jours pour maintenir un niveau de spot, il est naturel de penser qu'à l'approche des élections, nous pourrions vivre des épisodes de stress bien plus importants sur les conditions de liquidité'.

Les mesures du gouvernement pour relancer

Le ministre de l'Économie, Luis Caputo, a annoncé cette semaine un nouvel assouplissement pour les crédits en dollars aux entreprises. Toutes les sociétés pourront désormais accéder à des financements en devise forte, avec une règle clé : les banques ne pourront prêter que l'équivalent de 15% de leurs dépôts en dollars. De plus, la Banque centrale a précisé que ces financements seraient soumis à un traitement prudentiel plus exigeant.

Dans la même veine, Caputo a évoqué la possibilité que le FGS (Fonds de garantie de durabilité) mette aux enchères des dépôts à terme de long terme, afin de fournir des fonds aux banques et de faciliter le crédit hypothécaire.

Selon la Banque Galicia, 'le fil conducteur de ces mesures est que le crédit serve de déclencheur pour relancer l'économie, en évitant pour l'instant des outils plus hétérodoxes qui pourraient compromettre le processus de désinflation et désancrer les variables nominales'.

Quelles perspectives ?

Le marché reste attentif à l'évolution de l'activité, de l'inflation et de l'image officielle. Le risque pays à 506 points reste élevé en termes historiques, mais la baisse de vendredi a interrompu une série de 13 hausses consécutives, ce que certains analystes interprètent comme un signe de stabilisation. La clé sera de savoir si le gouvernement parvient à relancer l'économie sans désancrer les variables nominales, et comment évoluera la confiance des investisseurs à l'approche des élections de 2027.

Source : Ámbito Finanzas