Le président américain a publié une carte marquant le détroit d'Ormuz comme «nouveau territoire américain», alors que le mémorandum d'entente avec l'Iran vient d'expirer et que les tensions s'intensifient. Le Qatar espère un accord entre Téhéran et Oman pour relancer les négociations, tandis qu'une analyse de CNN indique que l'Iran perdrait le contrôle de cette voie maritime cruciale pour le pétrole mondial.

Dans un nouveau chapitre de l'escalade militaire au Moyen-Orient, le président des États-Unis, Donald Trump, a insisté ce mardi 18 août en qualifiant le détroit d'Ormuz de «nouveau territoire américain», publiant sur son réseau Truth Social une image de la zone avec cette légende. La carte, ornée d'une bande bleue, rouge et blanche avec des étoiles, marque d'un cercle ce passage maritime stratégique qui sépare le golfe Persique du golfe d'Oman.

Cette action survient à peine un jour après l'expiration du délai de 60 jours du mémorandum d'entente signé entre les États-Unis et l'Iran le 17 juin, qui déclarait le «cessez-le-feu immédiat et permanent de toutes les opérations militaires sur tous les fronts». Les négociations restent au point mort, et Téhéran maintient ses exigences pour rouvrir le détroit : levée du blocus naval, libération des avoirs gelés, fin de l'embargo pétrolier et cessation des opérations militaires.

Le message de Trump et la menace contre Oman

Vendredi dernier, Trump avait déjà déclaré lors d'un meeting à Long Island, New York, qu'«après avoir vaincu l'Iran», il déclarerait le détroit d'Ormuz «territoire américain, en substance». Il avait affirmé qu'ils avaient établi un blocus et qu'«aucun navire ne passe à moins que nous le voulions». Cette semaine, lors d'un appel avec le journaliste de Fox News Trey Yingst, il a directement menacé Oman : «Si Oman se met en travers de notre chemin, nous les bombarderons jusqu'à les détruire», en réponse aux efforts de Mascate pour servir de médiateur entre Téhéran et Washington.

Oman, qui a historiquement agi comme médiateur entre les États-Unis et l'Iran, poursuit ses discussions avec Téhéran pour établir un accord de navigation dans le détroit. Le centre de réflexion Chatham House avertit qu'un éventuel accord de gestion conjointe pourrait permettre à l'Iran de percevoir des taxes limitées pour des services de sécurité et environnementaux, mais sans contrôler le transit international.

L'Iran perd le contrôle : l'analyse de CNN

Selon une analyse de CNN, les preuves actuelles indiquent que les États-Unis élargissent leur contrôle sur le détroit, tandis que l'Iran perd une grande partie de son emprise. Les données de la société Kpler, qui suit les navires par transpondeurs et satellites, révèlent que plus de 80 % du trafic maritime au cours des deux dernières semaines emprunte la route d'Oman, un canal autorisé par l'ONU auquel l'Iran s'oppose. Il y a un mois, pratiquement aucun navire n'utilisait cette route.

Le Koweït, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont affrété de grands pétroliers (VLCC) pour sortir du golfe Persique par le détroit, puis transférer le brut vers d'autres navires hors de la zone dangereuse, dans le golfe d'Oman. Beaucoup éteignent leurs transpondeurs pour éviter les attaques, ce qui complique le suivi. Le secrétaire à l'Énergie des États-Unis, Chris Wright, a affirmé que les transits pétroliers combinés ont atteint 15 millions de barils par jour la semaine dernière, proche de la moyenne d'avant-guerre de 20 millions.

Chiffres clés du conflit
  • 80 % du trafic maritime utilise désormais la route d'Oman (source : Kpler)
  • 15 millions de barils/jour de transits pétroliers la semaine dernière (source : Département de l'Énergie américain)
  • 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite par Ormuz
  • 90 $/baril : le prix du pétrole a dépassé ce seuil

«De plus en plus, il semble que l'Iran a perdu au moins partiellement le contrôle du détroit», a déclaré Homayoun Falakshahi, chef de l'analyse du pétrole brut chez Kpler. Cependant, les attaques iraniennes continues et des flux encore inférieurs aux niveaux d'avant-guerre suggèrent que les États-Unis ne contrôlent pas non plus totalement la voie.

Le Qatar espère une issue diplomatique

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed al Ansari, a exprimé ce mardi son espoir que Téhéran et Mascate parviennent à un accord sur la navigation dans le détroit, ce qui permettrait «la reprise des négociations» avec les États-Unis et le rétablissement du cessez-le-feu. Doha, qui agit également comme médiateur, se concentre sur la «relance du mémorandum d'entente» signé en juin.

Pendant ce temps, les rebelles houthis du Yémen ont attaqué avec des drones une raffinerie d'Aramco à Jizan, dans le sud-ouest de l'Arabie saoudite, dans un nouvel épisode de l'escalade régionale. L'attaque a été revendiquée par les insurgés comme une réponse à la violation de l'espace aérien yéménite. Cet incident s'ajoute à l'effondrement de la trêve qui prévalait depuis 2022 entre les Houthis et le gouvernement yéménite soutenu par l'Arabie saoudite.

Un point stratégique pour l'économie mondiale

Le détroit d'Ormuz est essentiel pour l'économie mondiale. Le conflit a fait monter les prix du brut au-delà de 90 dollars le baril, générant une énorme incertitude sur les marchés internationaux, avec des impacts directs sur l'économie mondiale et des pays comme l'Argentine, qui dépendent de la stabilité énergétique.

La tension continue de monter, et le monde observe avec attention si la diplomatie qatarie et omanaise parviendra à débloquer un conflit qui menace de déborder toute la région.