Les gouvernements du Royaume-Uni, de l'Australie et du Canada ont qualifié de 'honteuse' la décision des autorités militaires israéliennes de ne pas ouvrir d'enquête pénale sur la frappe aérienne d'avril 2024 qui a tué sept employés de World Central Kitchen à Gaza. La communauté internationale exige justice et responsabilité.

Le 21 août 2026, les gouvernements du Royaume-Uni, de l'Australie et du Canada ont publié une déclaration commune qualifiant de «honteuse» la décision des Forces de défense israéliennes (FDI) de ne pas ouvrir d'enquête pénale sur la frappe aérienne qui, en avril 2024, a touché un convoi d'aide humanitaire à Gaza, tuant sept employés de World Central Kitchen (WCK).

L'attaque, survenue le 1er avril 2024 à Deir al-Balah, a provoqué une indignation mondiale et conduit à la suspension temporaire des opérations de WCK dans la région. Les victimes étaient de nationalités britannique, australienne, polonaise, palestinienne et un citoyen possédant la double nationalité américaine et canadienne.

La décision israélienne

Le mercredi 19 août 2026, les FDI ont annoncé qu'elles n'engageraient pas de poursuites pénales contre les commandants impliqués, arguant que les erreurs commises ne constituaient pas «un soupçon raisonnable de comportement criminel». Selon le rapport militaire, les soldats ont confondu plusieurs individus dans les véhicules avec des membres du Hamas et le convoi a dévié de la route coordonnée au préalable. Deux officiers ont été destitués à l'époque et trois autres ont reçu des sanctions disciplinaires.

La déclaration commune des trois pays a qualifié cette décision de «trop peu, trop tard», et a souligné que les victimes et leurs familles «méritent justice et responsabilité». Ils ont également noté qu'en 2025, 186 travailleurs humanitaires ont été tués à Gaza, ce qui en fait la zone la plus meurtrière pour l'aide humanitaire.

Réactions des pays concernés

  • Australie : Le gouvernement a exprimé son «indignation» jeudi. Les proches de Zomi Frankcom, la citoyenne australienne décédée, ont déclaré qu'elle méritait plus qu'un «processus interne et opaque qui se termine par une brève déclaration militaire absout les soldats». L'ambassadeur d'Israël en Australie, Hillel Newman, a défendu la décision.
  • Royaume-Uni : Le Foreign Office a dit être «consterné et en colère» pour les familles de John Chapman, James Henderson et James Kirby, les trois citoyens britanniques assassinés.
  • Canada : La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, avait déjà condamné l'attaque initiale en 2024 et s'est jointe aux critiques.
  • Pologne : Le gouvernement polonais a exprimé sa «grande déception» et a demandé à Israël de coopérer avec les enquêtes polonaises sur la mort de Damian Soból, volontaire de Przemyśl.

Contexte de l'attaque et crise humanitaire

World Central Kitchen, fondée par le chef José Andrés, avait acheminé plus de 600 tonnes de nourriture à Gaza via le corridor maritime. Le convoi attaqué transportait plus de 100 tonnes d'aide déchargées à l'entrepôt de Deir al-Balah. L'organisation a affirmé avoir coordonné ses mouvements avec les FDI et que les véhicules portaient le logo de WCK sur le toit, visible depuis les airs.

Selon des enquêtes de Haaretz, le convoi a été touché par trois missiles tirés depuis un drone. Après le premier impact, les occupants d'un véhicule ont tenté de se réfugier dans un autre, qui a également été attaqué, puis un troisième véhicule venu en aide a reçu le troisième missile.

À l'époque, l'ONU avait averti que 1,1 million de personnes – la moitié de la population de Gaza – étaient menacées par une famine imminente. La situation s'est aggravée jusqu'à ce que des experts déclarent une famine en août 2025.

Autres affaires non résolues

Les FDI ont également admis mercredi avoir ouvert une enquête pénale sur le meurtre de Hind Rajab, une fillette de cinq ans, et de ses six proches, survenu en janvier 2024. Elles enquêteront aussi sur la mort de 15 paramédics en 2025. Cependant, des experts soulignent que les enquêtes pénales contre des soldats israéliens pour des morts de Palestiniens aboutissent rarement à des condamnations.

L'organisation WCK a affirmé que la décision de ne pas enquêter «est incompatible avec la vérité complète et profondément offensante». Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait qualifié l'incident de «tragique et non intentionnel», mais les gouvernements exigent désormais des mesures concrètes.

Ce nouveau chapitre relance le débat sur la responsabilité dans les conflits armés et la protection des travailleurs humanitaires, tandis que la communauté internationale observe les prochaines étapes avec attention.