Le gouvernement de Javier Milei a admis avoir redirigé plus de 1.000 milliards de pesos argentins (ARS) du fonds routier SisVial vers le ministère de l'Économie. Avec seulement 26,2% des fonds exécutés pour l'entretien des routes, la justice a dû intervenir pour ordonner des réparations urgentes. Un choix budgétaire controversé qui fragilise l'infrastructure nationale.

Un arbitrage budgétaire contesté

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Javier Milei en décembre 2023, l'Argentine poursuit un objectif ambitieux : l'équilibre fiscal. Pour y parvenir, le gouvernement a pris une décision qui suscite une vive polémique : utiliser les fonds destinés à l'entretien des routes pour soutenir le budget national.

Le SisVial (Système Vial Intégré) est un fonds fiduciaire alimenté par une partie de la taxe sur les carburants. Sa mission légale est claire : financer la construction et l'entretien du réseau routier national. Or, selon une enquête conjointe de plusieurs médias argentins, plus de 1.000 milliards de pesos ARS (environ 950 millions de dollars) ont été réorientés vers le Ministère de l'Économie sous forme d'investissements financiers.

Le porte-parole présidentiel, Adrián Ravier, a reconnu ces transferts, les justifiant par la nécessité de maintenir l'excédent budgétaire, une promesse centrale de la campagne de Milei.

Chiffres clés du SisVial
  • Recettes totales (2024-mai 2026) : 1.503.252 millions ARS
  • Dépenses en travaux : 394.406 millions ARS (26,2%)
  • Montant retenu : 1.001.017.908.957 ARS en placements (certificats, obligations)
  • Sous-exécution : 73,8%

Source : El Día, La Voz

Conséquences sur le terrain

Selon des experts, ces fonds auraient permis de rénover entre 20 000 et 25 000 kilomètres de routes, soit près des deux tiers du réseau national. Actuellement, entre 65% et 70% de la voirie nationale est en état moyen ou mauvais, avec des conséquences directes sur la sécurité routière et le transport des marchandises.

Pour comprendre l'ampleur : l'Argentine compte environ 40 000 km de routes nationales, reliant des régions agricoles vitales aux ports d'exportation. Leur dégradation affecte l'économie tout entière.

Réactions politiques et judiciaires

Cette décision a déclenché une onde de choc politique. La députée péroniste Victoria Tolosa Paz a déposé une plainte pénale contre le ministre de l'Économie Luis Caputo, les dirigeants de Vialidad Nacional (l'organisme public des routes) et de la Banco Nación, pour malversation de fonds publics et administration frauduleuse.

L'ancien ministre des Travaux publics, Gabriel Katopodis, a également dénoncé ce détournement, avertissant que les réparations futures coûteront beaucoup plus cher que l'entretien préventif. À l'échelle locale, le maire de Santa Rosa, Luciano di Nápoli, a révélé que sa province, La Pampa, n'a reçu que 0,05% des fonds collectés.

Cet article a été rédigé à partir de sources publiques : El Día, La Voz. Les données chiffrées correspondent aux périodes indiquées.