Le problème du moment : le défaut de paiement s'installe au centre de l'agenda
Le défaut de paiement est devenu l'un des sujets les plus urgents de l'Argentine actuelle. Selon les données de la Centrale des débiteurs de la Banque centrale (BCRA) traitées par le CEPA, plus de 5,3 millions de personnes ont un retard de plus de trois mois dans le paiement de leurs dettes. Sur ce total, 35% sont qualifiés d'irrécupérables, ce qui reflète une crise du crédit qui ne faiblit pas.
Le phénomène n'est pas nouveau : il dure depuis 20 mois consécutifs d'augmentation et touche particulièrement les moins de 30 ans. Sur les 3,5 millions de débiteurs irrécupérables, 25% ont moins de 30 ans, et dans certaines municipalités de la banlieue de Buenos Aires, le taux de défaut chez les moins de 25 ans dépasse 45%.
Des chiffres alarmants
- 5,3 millions de personnes avec des retards de plus de 3 mois
- 35% de débiteurs qualifiés d'irrécupérables
- 17,5% de taux de défaut moyen général, mais près de 30% dans les portefeuilles virtuels
- 320.000 emplois perdus depuis novembre 2023
- 50.000 employeurs de moins qu'au début du gouvernement LLA
- 2% de chèques rejetés, le double qu'il y a deux ans et demi
La réponse du gouvernement : une affaire privée ?
Le président Javier Milei a suscité la polémique en affirmant que l'endettement est un problème entre privés et que l'État ne doit pas intervenir. Il est même allé jusqu'à dire que "personne ne leur a mis un pistolet sur la tête" à ceux qui ont contracté des crédits. Cependant, au sein même du gouvernement, certaines voix nuancent cette position.
Le ministre de l'Économie, Luis Caputo, a reconnu que le coût financier total appliqué par les portefeuilles virtuels est "abusif" et une "mauvaise affaire". Pendant ce temps, des économistes proches du modèle comme Iván Carrino soutiennent que "les adultes responsables doivent assumer leurs décisions", et Gustavo Lazzari propose de dollariser les dettes et de séparer le capital des intérêts.
Kicillof contre-attaque : "Après avoir poussé des millions de personnes, le Président leur jette la faute"
Le gouverneur de la province de Buenos Aires, Axel Kicillof, a publié une chronique dans La Gaceta de Tucumán intitulée "Argentine, ce n'est pas toi", où il a vivement critiqué la position officielle. Selon ses données, plus de 60% de la population adulte a une dette quelconque, soit environ 21 millions de personnes, et près de 6 millions ne peuvent plus honorer leurs obligations.
Kicillof a détaillé l'évolution du défaut de paiement au cours des deux dernières années et demie :
| Instrument | Défaut avant | Défaut actuel |
|---|---|---|
| Banques | 2,5% | 12,8% |
| Portefeuilles numériques | 5,7% | 24,5% |
| Cartes de consommation | 10,5% | 36,4% |
| Financières non bancaires | 17,5% | 43% |
Pour le gouverneur, ces chiffres démontrent que "nous ne sommes plus face à une somme d'erreurs individuelles, mais face aux conséquences néfastes du modèle économique". Et il a conclu : "Une Argentine qui a besoin de s'endetter pour survivre a un problème de modèle économique. Et ce modèle devra commencer à changer l'année prochaine".
Le drame de la ludopathie numérique et les nouveaux "ni-ni"
La crise de l'endettement est étroitement liée à un autre phénomène préoccupant : la ludopathie numérique. Selon l'Enquête sur le bien-être social de la Province (2024), 33% des moins de 17 ans ont déjà effectué des paris en ligne. Une étude du Sedronar indique que 26% des élèves du secondaire ont participé à des jeux d'argent au cours de la dernière année.
La Croix-Rouge, après avoir travaillé avec plus de 11.000 adolescents, avertit que un adolescent sur huit âgé de 13 à 18 ans admet avoir contracté des dettes pour parier. Lors de la Coupe du Monde 2026, le "Prode" de Mercado Pago a réuni 11 millions de personnes, avec des tournois allant jusqu'à 50 participants.
Le mécontentement social et la recherche d'un "tiers espace"
La combinaison de l'ajustement, de l'inflation et de l'endettement crée un terreau politique fertile. Une étude de l'UBA Sociales révèle que 44% des personnes interrogées évitent les extrêmes et que 37% choisissent le "centre" lorsqu'on leur demande leur affinité idéologique. Ce sont les nouveaux "ni-ni" : ni Milei ni kirchnérisme.
Des noms comme Jorge Brito et Emilio Monzó circulent comme possibles référents de cet espace, bien que rien ne soit confirmé. Pendant ce temps, le président Milei est resté dix jours sans apparitions publiques, enfermé à Olivos, et ne reprendra son agenda que lundi avec l'hommage à San Martín.
L'inflation de juillet était de 2,1% mensuel (19,3% accumulé, 33,8% en glissement annuel), mais les prix des aliments augmentent deux fois plus : la viande a quadruplé depuis décembre 2023 et la consommation a chuté à 47 kilos par habitant, le niveau le plus bas en 20 ans.