À plus d'un an des élections présidentielles argentines de 2027, le pays est déjà en pleine effervescence politique. Le gouvernement de Javier Milei explore une alliance avec le PRO de Mauricio Macri, tandis que le péronisme se déchire dans une lutte interne entre Cristina Kirchner et Axel Kicillof. Une réunion clé à la Casa Rosada a donné le coup d'envoi des négociations.

La politique argentine est déjà entrée en mode électoral, avec une anticipation rarement vue. Alors que les élections générales de 2027 semblent lointaines, les principaux acteurs politiques du pays ont commencé à dessiner leurs stratégies, alliances et candidatures. Ce scénario est marqué par une forte polarisation et une incertitude économique persistante.

Le rapprochement entre La Libertad Avanza et le PRO

Le mercredi 13 août 2026, la secrétaire générale de la Présidence, Karina Milei, s'est réunie à la Casa Rosada avec des émissaires du PRO, le parti fondé par l'ancien président Mauricio Macri. Cette rencontre, qui a duré environ 25 minutes, fait suite à deux conversations téléphoniques entre Karina Milei et Mauricio Macri. Elle marque le point de départ de négociations pour une éventuelle coalition électorale.

Selon des sources proches du gouvernement, l'administration Milei ne se sent plus aussi sûre d'elle qu'après les élections législatives d'octobre 2025. La baisse de popularité du président et le mécontentement social lié à la situation économique ont poussé les frères Milei à reconsidérer leur stratégie d'autosuffisance électorale.

Ont participé à cette réunion : Martín Menem (président de la Chambre des députés), Eduardo Lule Menem, Diego Santilli, Cristian Ritondo et Fernando de Andreis. Les versions sur le résultat divergent : De Andreis a donné une version optimiste en privé, tandis que d'autres interlocuteurs de Macri ont rapporté que la réunion s'était mal passée.

Points d'accord et divergences

Un point de convergence serait la candidature de Diego Santilli au poste de gouverneur de la province de Buenos Aires, la plus peuplée du pays. En revanche, la candidature à la mairie de Buenos Aires (CABA) reste en suspens, avec une dispute latente entre Mauricio Macri et son cousin Jorge Macri, actuel maire.

Une autre différence majeure concerne les PASO (élections primaires ouvertes, simultanées et obligatoires). Le gouvernement veut les supprimer, tandis que le PRO les défend. Le projet de suppression a été déposé au Sénat le 22 avril 2026, mais ne dispose pas encore des votes nécessaires pour être adopté.

La guerre interne du péronisme : Kicillof contre le kirchnérisme

Côté opposition, la bataille fait rage. Le mardi 11 août 2026, le gouverneur de la province de Buenos Aires, Axel Kicillof, a rencontré Máximo Kirchner, fils de Cristina Kirchner, dans un hôtel du quartier de Retiro à Buenos Aires. Autour de la table : les gouverneurs kirchnéristes de La Pampa, La Rioja, Terre de Feu et Formosa, ainsi que les chefs des blocs parlementaires José Mayans et Germán Martínez.

La seule démonstration de force que Kicillof a pu réaliser est l'incorporation de Santiago Cúneo, un dirigeant au poids électoral quasi nul et à l'image publique désastreuse. Les relations entre Kicillof et Cristina Kirchner sont rompues depuis octobre 2025. Le gouverneur cherche désormais à arracher le contrôle du parti péroniste via une primaire interne.

Le contexte : sondages et économie

Les sondages reflètent un scénario complexe pour le gouvernement. Selon une enquête de l'Université de San Andrés, 61% des Argentins désapprouvent la gestion de Javier Milei et 57% estiment que le pays s'est dégradé. Le chômage est une préoccupation pour 41% des personnes interrogées, et l'inflation reste un sujet central.

Autre donnée alarmante : 5,3 millions de personnes ont des dettes en retard de plus de trois mois, et le taux de défaillance moyen dans les portefeuilles virtuels avoisine les 30%. Le ministre de l'Économie, Luis Caputo, a qualifié les taux d'intérêt des applications de paiement d'« abusifs », mais aucune mesure concrète n'a encore été annoncée.

Les enjeux de 2027

Il ne s'agit pas seulement de savoir qui occupera la Casa Rosada, mais aussi de l'avenir du système des partis et de la manière de faire des affaires avec l'État. De grands groupes économiques perdent des appels d'offres qu'ils ne perdaient pas auparavant, et les travaux publics ne se négocient plus avec la corporation impliquée dans le scandale des « cuadernos » (cahiers de la corruption).

Le défi de Milei est de gagner dès le premier tour. Un second tour représenterait un risque énorme, car toutes les variantes de l'opposition pourraient s'y unir. L'histoire récente le montre : Macri a gagné en 2015 par moins de deux points face à un péronisme usé.

En attendant, la politique argentine se prépare à une longue campagne électorale, avec un gouvernement en quête d'alliés et une opposition qui se déchire dans des luttes intestines.