Le rapport de l'Observatoire de politique criminelle, publié le 20 août 2026, révèle une tragédie silencieuse : en 2025, l'Argentine a enregistré 5 209 suicides, soit un taux national de 11,8 pour 100 000 habitants. C'est le niveau le plus élevé de la région. San Juan, avec 12,3 cas pour 100 000, est l'une des provinces les plus touchées, dépassant déjà les homicides et les accidents de la route.

Une crise qui ne se voit pas mais qui frappe fort

Ce jeudi 20 août 2026, le Observatoire de politique criminelle a présenté à la Assemblée Permanente pour les Droits de l'Homme (APDH) un rapport fondé sur les données officielles du Système National d'Information Criminelle (SNIC) et du Système d'Alerte Précoce sur le Suicide (SAT-SS). Ce rapport tire la sonnette d'alarme : les suicides en Argentine sont désormais la première cause de mort violente dans le pays depuis 2023, un triste record qui se confirme en 2025.

Cette année-là, 5.209 personnes ont mis fin à leurs jours, ce qui correspond à un taux de 11,8 cas pour 100.000 habitants. L'Argentine se classe ainsi au deuxième rang en Amérique du Sud, juste derrière l'Uruguay. C'est une tendance qui dépasse de loin les autres décès violents : les accidents de la route ont tué 3.539 personnes en 2024 (34,7% des morts violentes) et les homicides volontaires 1.802 personnes (17,7%).

Le tableau chiffré des années passées

AnnéeCasTaux pour 100.000
20173.3048,2
20183.9039,6
20193.6478,9
20203.2627,8
20213.6488,7
20223.9599,3
20234.205
20244.2499,8
20255.20911,8

+30% depuis 2020, c'est une hausse considérable qui reflète une crise collective.

Le cas particulier de la province de Buenos Aires et de San Juan

La province de Buenos Aires, la plus peuplée du pays, a compté 1.267 suicides en 2024 (taux de 7,5). Le Grand Buenos Aires a recensé 754 cas (taux de 7,0), mais ce sont les zones de l'intérieur qui affichent le pire indice, avec 8,6 pour 100.000.

Dans l'ouest du pays, la province de San Juan se situe au milieu du tableau national, mais avec un taux de 12,3 pour 100.000 habitants en 2025. Le dossier confirme que cette province, célèbre pour ses vignobles et son climat désertique, est particulièrement exposée à ce phénomène fédéral.

Selon le rapport, le suicide est devenu la première cause de mortalité violente dans tout le pays, au-delà des frontières provinciales.

Qui sont les plus vulnérables ?

  • Hommes80,6% des cas (3.425 morts en 2024)
  • Femmes19% (807 morts)
  • Tranche 20-34 ans38% des suicides
  • Taux le plus élevé (20-29 ans)16 pour 100.000
  • Personnes âgées (80-84 ans)12,6 pour 100.000

Comprendre pour agir : la multi-causalité du suicide

Ce phénomène n'est jamais un acte isolé ni un simple caprice. D'après le rapport, il s'agit d'une tragédie multi-causale, profondément marquée par un “spectre social collectif” : les crises économiques, la dissolution des liens sociaux et l'individualisme moderne créent une ambiance anxiogène. Les principaux facteurs de risque observés :

Difficultés socio-économiques
Le chômage et l'endettement fragilisent les foyers.
L'isolement
Plus rare en zone rurale, il accentue le désespoir.
Relations conflictuelles
Violence domestique, abus, ruptures.
Barrières à la santé mentale
Manque de centres, peur du regard, coût.
“La personne qui se suicide ne veut pas mourir”, souligne l'informe. Elle souffre d'une forte ambivalence : vivre et souffrir lui semble impossible, mais mourir n'est pas une envie, c'est une échappatoire sans perspective de changement.

Prévenir : briser le tabou

Le suicide peut être évité. Contrairement aux croyances, parler du sujet réduit le risque et libère la parole. Les signes qui doivent alerter :

  • Un retrait social brusque et une chute de l'envie de vivre.
  • Des expressions répétées de désespoir ou de désintérêt pour tout.
  • Troubles du sommeil, perte d'appétit, incapacité à travailler.
  • Pleurs incontrôlés ou changements soudains de comportement.

En Argentine, une ligne d'urgence gratuite est accessible 24h/24 : composez le 135, option 7. À San Juan, les habitants peuvent contacter le Centre de Abordaje Integral de las Adicciones y Salud Mental (0264-421-1012) ou se rendre aux urgences de l'hôpital Guillermo Rawson.

Sources: Rapport de l'Observatoire de Politique Criminelle devant l'APDH, Système National d'Information Criminelle (SNIC), Système d'Alerte Précococe des Suicide (SAT-SS), ainsi que les médias locaux comme Canal 13 San Juan et Infocielo.