La Chambre fédérale de cassation pénale a décidé ce vendredi que l'enquête pour présumé blanchiment d'argent liée à la maison de campagne de Pilar – estimée à 17 millions de dollars – doit se poursuivre devant la justice fédérale et non devant la juridiction pénale économique. À la majorité, les juges Mariano Borinsky et Diego Barroetaveña (avec la dissidence formelle de Alejandro Slokar) ont ordonné de transmettre le dossier à la Chambre fédérale d'appel de San Martín afin qu'elle le transmette, sans délai, au tribunal fédéral de Campana, dirigé par Adrián González Charvay.
Le conflit de compétence
L'enquête a débuté en décembre 2025 à la suite d'une plainte contre Luciano Pantano et sa mère Ana Conte, propriétaires de la société Real Central SRL, qui a acquis la propriété à Villa Rosa, dans le quartier de Pilar. L'affaire a été liée à une présumée manœuvre de blanchiment d'argent impliquant des dirigeants de l'AFA, en particulier le trésorier Pablo Toviggino.
Le dossier est passé devant plusieurs tribunaux : le tribunal fédéral de Daniel Rafecas l'a transmis à la juridiction pénale économique, mais celle-ci a refusé sa compétence. Après un conflit, la Chambre pénale économique a décidé en juin qu'il reste au Tribunal n° 10 de la ville de Buenos Aires, sous la direction de Verónica Straccia. La défense des accusés, menée par l'avocat Mariano Morán, a réclamé son retour à Campana pour des raisons territoriales.
Qu'est-ce que le blanchiment d'argent ? C'est le processus par lequel on dissimule l'origine illicite de fonds pour leur donner une apparence légale. En Argentine, il est défini par l'article 303 du Code pénal et son enquête relève de la justice fédérale, et non de la juridiction pénale économique, spécialisée dans les délits comme l'évasion fiscale, la contrebande ou le régime pénal des changes.
Les fondements de la décision
Dans un arrêt de 83 pages, les juges ont indiqué que la juridiction pénale économique n'est pas compétente pour le délit de blanchiment d'argent, s'appuyant sur des précédents de la Cour suprême comme « Olivetto » et « Brulc ». Ils ont également souligné qu'aucune norme n'attribue ce délit à la juridiction spécialisée, de sorte qu'il doit être enquêté par la justice fédérale.
Le ministère public, représenté par Mario Villar, s'était opposé au transfert en arguant que l'affaire est plus large et inclut des faits survenus à Buenos Aires, comme des sociétés financières sur l'avenue Corrientes ou un cabinet juridique rue Lavalle. Cependant, les juges ont estimé que la défense avait réussi à démontrer que la propriété – et le cœur de l'enquête – se trouve dans la juridiction de Campana.
Qu'a-t-on trouvé dans le manoir ?
Lors d'une perquisition, 54 véhicules de luxe et de collection ont été découverts, estimés à près de 4 millions de dollars, ainsi que des objets appartenant vraisemblablement à Pablo Toviggino. Des documents et des éléments renforçant l'hypothèse que la propriété serait un prête-nom pour des dirigeants de l'AFA ont également été saisis.
Le juge González Charvay est déjà intervenu dans d'autres affaires liées à l'entité et avait soulevé des conflits de compétence pour concentrer les enquêtes. Avec cette résolution, le dossier retourne à son tribunal, qui devra poursuivre les investigations sans invalider ce qui a été fait.
Réactions et prochaines étapes
La décision a été saluée par la défense, tandis que le ministère public devra s'y conformer. On s'attend à ce que la Chambre de San Martín transmette le dossier dans les prochains jours. L'affaire est liée au scandale Yategate (septembre 2023), qui enquête sur l'enrichissement illicite de l'ancien maire de Lomas de Zamora Martín Insaurralde et de son ex-compagne Jesica Cirio, mais cette fois l'attention est portée sur l'AFA.
Sources : Infobae, Ámbito, TN