Le juge fédéral Julián Ercolini a homologué ce mercredi un accord de conciliation mettant fin à une procédure pénale contre l'avocat Alejandro Sarubbi Benítez, accusé d'avoir publié une série de messages discriminatoires visant la communauté musulmane sur le réseau social X (anciennement Twitter). La plainte avait été déposée par le Centre islamique de la République argentine le 11 février 2025.
Les termes de l'accord
L'accord, conclu entre la défense du mis en cause et la partie civile, a reçu l'aval du procureur fédéral Carlos Rívolo. Il prévoit notamment :
- La publication d'une rétractation publique sur le compte X de l'avocat, visible pendant 10 jours.
- Un don de 200 000 pesos argentins (environ 190 euros) à l'Hôpital pour enfants Pedro de Elizalde, un établissement pédiatrique historique de Buenos Aires fondé en 1779.
- L'expression d'un « sincère repentir » pour ses propos.
Dans son réquisitoire, le procureur Rívolo a indiqué n'avoir aucune objection et a assuré qu'il veillerait au respect des clauses. Le juge Ercolini a estimé que les propos « n'ont pas pris la forme d'une violence notable et grave contre une victime » et qu'ils visaient une communauté religieuse, non une personne en particulier.
Les messages litigieux
La plainte du Centre islamique détaillait quatre publications réalisées depuis le compte @asb2509 :
« Telefé a mis un tête de serviette dans Gran Hermano. La pire chaîne de l'histoire argentine »
« Je ne veux pas de têtes de serviette en Argentine. Ils ne sont pas les bienvenus dans le pays de la liberté. Allez lapider des femmes et violer des enfants et des moutons ailleurs »
« Je hais profondément les têtes de serviette. Je suis totalement islamophobe. Je déteste leur culture violente, rétrograde, attardée et pédophile, et je paierais pour voir éclater jusqu'au dernier de ces fils de pute qui baisent des moutons »
« Bonne journée à tous les gens normaux qui haïssent les têtes de serviette »
Telefé est l'une des principales chaînes de télévision argentine, et Gran Hermano est l'adaptation locale de l'émission de téléréalité « Big Brother ».
Repentir et rétractation
Dans le texte de rétractation que Sarubbi Benítez devra publier, l'avocat affirme que ses propos « sont nés de l'ignorance » et indique avoir visité le Centre islamique pour mieux connaître cette communauté. Il reconnaît également que ses mots « ont pu être une source de souffrance et d'offense pour les sentiments religieux » et souligne qu'il considère que « la liberté de conscience, de culte, de religion et d'expression est un pilier fondamental de notre Argentine ».
Cet accord s'appuie sur l'article 34 du Code de procédure pénale fédéral argentin, qui autorise la conciliation dans les affaires où il n'y a pas de violence grave contre une victime individuelle.
Un parcours déjà marqué par la controverse
Alejandro Sarubbi Benítez n'en est pas à sa première polémique. Il anime une émission sur la chaîne de streaming Carajo, proche du gouvernement de Javier Milei, et a récemment été dénoncé pour des déclarations choquantes sur le conurbano — les banlieues populaires de Buenos Aires — où il suggérait de « stériliser » les habitants, d'ériger « un mur de 15 mètres avec des tireurs embusqués » et de « larguer du napalm » sur les zones les plus pauvres. Ces propos avaient été repris par la presse internationale, notamment le quotidien espagnol El Mundo.
La procédure pour discrimination qui se clôt aujourd'hui est indépendante de ces nouvelles plaintes, qui suivent leur cours devant la justice argentine.