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Réforme des retraites en Argentine : la province d'Entre Ríos face à une contestation sans précédent

18/06/2026 09:50 - Politica

Vista interior del Salón de los Escudos en Casa de Gobierno de Entre Ríos durante una sesión legislativa sobre reforma previsional, con senadores y representantes gremiales debatiendo, ambiente formal con banderas argentinas y escudos provinciales en las paredes.

Un débat qui définit l'avenir de 120 000 travailleurs actifs et de milliers de retraités

Le Sénat de la province d'Entre Ríos est devenu l'épicentre d'une des discussions les plus importantes de l'année : la réforme du système de retraite provincial. Représentants de l'Association de la Magistrature et de la Fonction Judiciaire, du Conseil Professionnel des Sciences Économiques, d'UPCN et d'APS ont exposé leurs observations devant les commissions du Budget et des Affaires Constitutionnelles.

Contexte : L'Argentine compte 24 provinces. Contrairement à la France où la retraite est gérée nationalement, certaines provinces argentines disposent de leurs propres caisses de retraite. Celles qui n'ont pas été transférées à l'État national (ANSES, équivalent de la CNAV française) doivent assumer seules le financement des pensions.

Le projet, impulsé par le gouverneur Rogelio Frigerio, cherche à modifier des aspects centraux de la Caisse des Retraites et Pensions d'Entre Ríos, qui présente le déficit le plus prononcé parmi les 13 systèmes prévisionnels provinciaux non transférés à la Nation.

Les critiques des magistrats : un risque de judiciarisation massive

Alejandro Cánepa, président de l'Association de la Magistrature et de la Fonction Judiciaire, a demandé expressément l'élimination de l'article 8 du projet, qui limite la possibilité d'agir judiciairement contre la réforme. Selon lui, il s'agit d'une disposition dont « l'inconstitutionnalité est évidente ».

Un des points les plus critiqués est la déclaration d'état d'urgence prévisionnelle prévue par le projet. « Le chapitre de l'urgence contamine la réforme prévisionnelle », a déclaré Cánepa, arguant que cette urgence est « partielle » et manque de fondement constitutionnel et jurisprudentiel.

Principe de non-régressivité : Cánepa a averti que la Cour Suprême argentine s'est déjà prononcée sur l'impossibilité de transférer le poids des mesures d'urgence uniquement à un secteur de la société, violant ainsi des droits acquis.

Le magistrat a également critiqué la délégation d'attributions législatives au Pouvoir Exécutif pour déterminer les pensions. « Le salaire ne peut rester soumis au Pouvoir Exécutif », a-t-il souligné.

Le calcul des pensions et le risque de contentieux

Le Conseil Professionnel des Sciences Économiques d'Entre Ríos a soulevé des observations techniques argumentées. Lisandro Tomé a alerté sur le calcul de la pension initiale basé sur une moyenne de 20 ans de cotisations : « Si nous réalisons un calcul initial qui ne maintient pas les mêmes conditions de vie que pendant l'activité, chaque retraité équivaut à un procès ».

Comme alternative, il a proposé de remplacer ce critère par une formule basée sur les 15 meilleures années de cotisations (180 mois), calculées avec les valeurs en vigueur au moment de la cessation d'activité.

PropositionCalcul actuelCalcul proposé
Pension initialeMoyenne sur 20 ans15 meilleures années (180 mois)
MobilitéDépend des revenus effectifsIPC (indice des prix à la consommation)
Délai de mise à jour60 jours ouvrables minimum60 jours calendaires actuels

Javier Núñez Souza a reconnu la situation financière complexe de la Caisse et averti que la persistance du déficit « pourrait entraîner des charges fiscales plus importantes pour différents secteurs de l'économie ».

UPCN et APS : des avertissements sur l'impact réel

La secrétaire adjointe d'UPCN (syndicat des agents publics), Carina Domínguez, a demandé de maintenir l'exigence de 30 ans de cotisations et que le calcul de la pension initiale soit réalisé sur les 120 derniers mois d'activité. Elle a souligné que porter le calcul à 240 mois est « inutile dans ce moment d'incertitude, de bas salaires, de crises économiques ».

UPCN a également critiqué l'augmentation de la cotisation personnelle de retraite jusqu'à 8% supplémentaires en contexte d'urgence. « 8% plus les 19% déjà appliqués, cela fait 27%, soit plus du quart du salaire. C'est une confiscation », a dénoncé Domínguez.

La secrétaire générale d'APS (Association du Personnel Supérieur Municipal), Alejandra Levrand, a détaillé l'impact sur les travailleurs de services publics à forte usure physique : « J'ai du mal à penser aux travailleurs qui s'occupent de la collecte des ordures car ils le feraient à 65 et 68 ans ». Elle a également mentionné les employés des services sanitaires qui travaillent immergés dans l'eau et les enseignants des jardins maternels.

Donnée clé : Un travailleur qui entre à 18 ou 20 ans sous ce régime devrait cotiser entre 48 et 50 ans pour pouvoir prendre sa retraite.

La parité de genre en question

Un des points les plus controversés est l'égalisation de l'âge de départ à la retraite entre hommes et femmes, établie à 65 ans pour les deux sexes. Levrand a qualifié cette mesure de « discrimination pour nous négative » car elle ne prend pas en compte les tâches de soin non rémunérées qui incombent majoritairement aux femmes.

Contexte culturel : En Argentine, comme dans de nombreux pays latino-américains, les femmes assument traditionnellement la majeure partie des tâches domestiques et de soin (enfants, personnes âgées), travail non rémunéré et non comptabilisé pour la retraite.

L'ancien secrétaire général d'AGMER (syndicat des enseignants), César Baudino, a été plus catégorique : « Il y a une attaque contre les régimes spéciaux, et une attaque vraiment autoritaire, de dinosaurs, du machisme régnant dans notre société, en prétendant que les femmes vont avoir l'égalité parce qu'elles seront impliquées dans la même dynamique que les hommes à 65, 68 ans ».

Baudino a signalé que deux tiers des retraités sont des femmes et que la réforme ignore les emplois multiples et les tâches de soin qu'elles réalisent.

La position de la majorité gouvernementale

Le sénateur Rafael Cavagna (Juntos por Entre Ríos, coalition gouvernementale) a défendu la réforme comme une réponse nécessaire face à un système « structurellement déséquilibré ». « Le pire que nous puissions faire, c'est de ne rien faire avec notre système de retraite », a-t-il soutenu.

Cavagna a expliqué que le processus a commencé par des rapports actuariels pour déterminer la dette que l'État national maintient avec Entre Ríos, ce qui a abouti à une demande devant la Cour Suprême. « Nous sommes à quatre contre un avec l'ANSES. Pour chaque quatre reconnaissances qui viennent de la Nation pour la Caisse, un part vers un autre système. Il n'y a pas de transfert effectif de fonds depuis les 10 dernières années », a-t-il affirmé.

Explication : ANSES est l'Administration Nationale de la Sécurité Sociale argentine, équivalent de la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse française. Les provinces qui ont conservé leur propre caisse de retraite doivent financer les pensions de leurs fonctionnaires sans aide de l'État national.

Le sénateur a insisté sur le fait que le projet reste ouvert à des modifications et a écarté de nouvelles charges fiscales : « Nous parlons d'une réforme de droit prévisionnel. Aujourd'hui, pour payer les retraites, sur chaque 10 pesos, il faut demander 4 pesos aux recettes générales du Trésor Provincial ».

La revendication auprès de l'État national

Une des questions centrales du débat est la dette de l'État national envers la Caisse des Retraites provinciale. Selon le gouvernement d'Entre Ríos, il existe des fonds que la Nation reconnaît mais ne transfère pas effectivement. La revendication est actuellement devant la Cour Suprême de Justice.

Le projet d'urgence prévisionnelle a une échéance jusqu'au 31 décembre 2027, bien que l'article permette des prorogations ultérieures par décision de l'Exécutif.

Prochaines étapes législatives

La semaine prochaine se poursuivra la série d'expositions devant les commissions législatives, avec la participation de nouveaux secteurs liés au système de retraite. On attend la comparution d'anciens présidents de la Caisse comme Daniel Elías et Edgardo Scarione.

Le débat s'inscrit dans l'article 35 de la Constitution provinciale, qui établit la responsabilité collective pour que l'État soit efficient et trouve des équilibres fiscaux.

Sources : El Once, Análisis Digital, APFDigital

En synthèse

  • Âge de départ : 65 ans pour hommes et femmes
  • Cotisations requises : Jusqu'à 50 ans pour les jeunes entrants
  • Calcul de la pension : Moyenne sur 20 ans (240 mois)
  • État d'urgence : Jusqu'au 31/12/2027 avec possibilité de prorogation
  • Cotisation supplémentaire : Jusqu'à 8% en contexte d'urgence
  • 82% mobile : Le gouvernement assure son maintien, mais les syndicats questionnent son calcul

Secteurs participants

  • Association de la Magistrature et Fonction Judiciaire
  • Conseil Professionnel des Sciences Économiques
  • UPCN (syndicat des agents publics)
  • APS (Association du Personnel Supérieur Municipal)
  • AGMER (syndicat des enseignants)
  • Fédération des Retraités
  • ATE, UDA, Sadop, AJER, Festram (syndicats)
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